06 février 2009
Un illustre inconnu, ou le génie tué dans l'oeuf.
Duncan Edwards n'évoque probablement pas grand chose à grand monde. Et pourtant....un nombre non négligeable d'analystes ont considéré, et considèrent encore qu'il s'agissait là du meilleur joueur du monde ; à la limite, pour les moins élogieux, du futur meilleur joueur du Monde, capable d'évincer les Pelé , Kopa , ou autres Charlton du sommet du Panthéon footballistique des années 60.
Très riches années 60, dont il n'est toutefois pas question, et pour cause.
Durant la décennie précedente, nos voisins d'Albion, qui, leur règne ayant pris fin, ne dominent plus outrageusement leur sport déja crée depuis déjà belle lurette, n'en continuent pas moins de produire des artistes du ballon rond.
Edwards provient donc de ce prodigieux résevoir.
On décèle chez lui un talent considérable à l'âge de 11 ans.
Le 1er Octobre 1951, il fête ses 15 ans ; on s'empresse donc de lui faire signer un contrat pro à Manchester, l'âge légal étant atteint. Oh, M-U ne se plaindra pas d'une telle acquisition, non !
Edwards fait le bonheur d'Old Trafford ; ce puissant colosse, qui débute milieu gauche ne se limite pas au carcan du tableau noir. Il est bien plus un electron libre qu'un élément stable. Fréquemment attaquant, sa polyvalence lui a même permis de jouer périodiquement libéro ; il faut dire que de telles incongruités étaient monnaie courante à l'époque.
Entourée d'une belle brochette de stars, la chenille devient aisément papillon.
A 18 ans, Edwards est selectionné en équipe nationale, et autant dire que ce n'était pas le Liechstenstein. Les doigts dans le nez, la tête dans le guidon, le ptit bonhomme fait son bonhomme de chemin. Facile. Le grand Bobby, Le Frère Charlton avec une majuscule a des complexes d'inferiorité, le pauvre...
Mais il n'est pas seul : l'équipe de Busby se promène à l'echelle nationale, et rafle toutes les mises. Les "Busby Babes", un peu jeunes (la moyenne d'âge est de 22 ans lors du titre de 56) , doivent mûrir, et s'en tenir là , le o intercalé entre le m et le u n'étant pourtant pas jugé nécéssaire .
Manchester doit rayonner outre Manche : il faut conquerir le vieux continent pour concrétiser ce fabuleux potentiel.
A ce titre, la campagne 58 est prometteuse. L'année précedente, MU s'est fait sortir de la coupe des clubs champions par le futur vainqueur, Madrid, et les Red Devils arrivent revanchards et lourdement armés.
Ils se qualifient sans trop d'encombres pour les 1/4, l'équipe nourrit des ambitions ; on la dit l'égale du grand Réal, mais il faut déjà sortir l'Etoile Rouge de Belgrade, ce qui n'est pas une sinécure.
Après une victoire à domicile, il faut tenir en terre Yougoslave. Au terme d'un superbe match, les mancuniens obtiennent le nul (3-3) et laissent éclater leur joie.
Les babes sont sans nul doute arrivés à maturation, ils n'ont plus besoin de leurs couches culottes pour rentrer dans leurs larges shorts.
Seulement voilà. 18 sélections après l'arrivée d'Edwards en équipe d'Angleterre, et au retour de Belgrade, l'avion de MU fait une escale à Munich et se crashe bêtement au redécollage. La fête tourne au vinaigre, 21 hommes - journalistes , joueurs et membres du staff- meurent. Dont Edwards.
Fin de l'histoire.
La suite , on la connait, un peu.
Ce drame marque durablement les esprits, et tout le monde l'a en tête lorsque le Manchester de Ferguson remporte la Ligue des Champions, 50 ans après, en guise d'hommage posthume.
Bobby Charlton, est un survivant assez efficace, qui a la politesse de faire une carrière éblouissante.
L'équipe des Red Devils, pour le moins diminuée, met du temps à se relever ; le 6 Février 1958 a anéanti le travail de sape de Busby, lui aussi survivant pusique le sort est ironique, mais le préjudice footballistique parait anecdotique dans ce contexte.
Le Réal gagne la Coupe en 58, sans trembler , sans surprise, et sans le grand Manchester.
L'Angleterre du foot trouve le réconfort en 66, en remportant la Coupe du Monde à la maison et devant la jeune Elizabeth, s'il vous plait, qui rayonne et qui rayonne...une vraie reine !
Quant à Edwards, il est à l'heure moins connu en France que Philippe Violeau ou Christophe Delmotte. Certes, sa posterité pèse un peu plus lourd outre Manche, d'autant que les décès permettent couremment la création de mythes.
Et c'est cette hagiographie post mortem qu'il convient de remettre en question :
personne ne remet en question le talent d'Edwards, bien sûr. Mais les propos qui ont suivi sa mort, son élevation au rang de meilleur joueur potentiel de tous les temps relevent de l'amplification eschatologique ! Ses admirateurs, ou ses proches, ont rivalisé d'hyperboles pour signifier l'étendue de ses qualités. Alors, il faut au moins faire l'effort de relativisation, et ne pas s'en tenir au "dommage". Ne pas oublier que des prodiges de 20 ans se sont plantés par la suite.
La courte histoire d'Edwards est bien symptomatique, bien insolite , bien fascinante, et bien triste en verité.
Le Foot a perdu un monstre, il s'appelait Duncan Edwards, et il aurait pu être vachement fort. Ben , c'est quand même vachement plus grave pour sa mère, hein.
PS : cet article est avant tout destiné à un blog sportif, ceci explique peut être cela. J'ai jugé utile de le copier/coller ici, ça doit bien faire 2 semaines que j'ai pas posté alors bon.
Commentaires
2 Semaines??? Non, un mois que tu n'avais pas posté et j'avoue que j'attendais un nouvel article avec impatience!!!
Sinon je ne connaissais évidemment pas ce joueur, merci de me l'avoir fait découvrir.
Je risque de venir sur BDX d'ici 2 semaines, je te tiens au jus bien sûr.
La bise mon pote
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